Six strategies clés pour aider vos enfants a gérer leur frustration.

C'était le début d'après-midi, un jour de vacances scolaires. Isaiah, âgé de six ans, très ennuyé, tournait en rond dans l'appartement. Pour l'occuper, son père lui proposa de s'entraîner à faire ses lacets. Isaiah se dirigea dans sa chambre pour y prendre un livre illustrant les différentes étapes de nouage des lacets. Il s'assit sur le divan et commença à suivre scrupuleusement toutes les étapes indiquées dans le livres. "Je fais les oreilles de lapin, je prends la boucle, je tourne, je passe dans l'autre, et je tire." répéta Isaiah. Tentatives après tentatives, il n'arrivait toujours pas à faire ce qui semblait si simple sur le dessin. "Je ne comprends pas, ce livre est compliqué !" dit-il, le front fermé. Isaiah alla prendre ses chaussures espérant ainsi que cela serait plus facile sur ses propres chaussures plutôt que sur un livre. Il essaya encore plusieurs fois sans parvenir à réaliser cette difficile tâche. Son corps était à présent complètement tendu et l'agacement se faisait lire sur son visage. Son père décida alors de venir à son aide. Mais cela ne plut pas au jeune garçon qui s'effondra en larme en disant "Je n'y arriverai jamais". Il enfonça sa tête dans les coussins et se mit à hurler. Fatigué de devoir faire face à une unième crise de ce genre, son père, un peu énervé, échangea quelques mots avec lui. Après cela, la situation s'envenima. A présent, Isaiah donnait des coups de poings dans les coussins, hurlait, et pleurait. 

Je décidai alors d'intervenir en utilisant les stratégies suivantes :

1.       Nommer l'émotion et récapituler la situation

Les enfants ont du mal à identifier leurs émotions. En réalité c'est un apprentissage. Dès le jeune âge, Il est bon de nommer les émotions de nos enfants, c'est ainsi qu'ils apprennent à les repérer. Par la suite, ils seront eux même capables de dire "Je suis triste, Je suis en colère, je me sens seul etc." Un enfant qui sait gérer ses émotions, deviendra un adulte équilibrer et bien dans sa peau.

Dans notre situation, j'ai dit : "Tu as essayé de faire tes lacets et tu n'as pas réussi. C'est vraiment frustrant de ne pas réussir à faire quelque chose du premier coup."

2.       Rassurer l'enfant sur le fait de ressentir cette émotion.

Prenez des exemples personnels relatant des situations similaires, impliquant des adultes de l'entourage. En effet, les enfants ont tendance à penser qu'ils sont seuls à faire face à ces émotions.

On dira par exemple : "C'est normal de se sentir frustré. Moi aussi, quand j'ai dû apprendre à conduire. Ça m'a pris du temps. Je me sentais vraiment frustrée, parce que je n'y arrivais pas au début."

3.       Offrir une autre perspective à la frustration.

La frustration est une émotion difficile à gérer pour l'enfant parce qu'elle vient ébranler soit le sentiment de compétence de l'enfant, soit le sentiment d'être au contrôle. En effet, les enfants sont la plupart du temps frustrés lorsqu'ils n'arrivent pas à réaliser une tâche (compétence) ou lorsque les choses ne se passent pas comme ils avaient prévu (contrôle). Dans le cas où la frustration est générée par l'incapacité à réaliser une tâche, on introduira alors le concept de persévérance. Par exemple : "Tu sais quoi, quand j'ai appris à conduire, ça m'a mis du temps. Et j'ai dû m'entraîner, et m'entraîner encore jusqu'à réussir. C'est vrai, c'était frustrant mais j'ai appris à persévérer, à continuer, à ne pas abandonner."  

Lorsque la frustration est générée par un changement dans la routine, on introduira le concept de résilience, la capacité à s'ajuster. Un peu comme un GPS, l'enfant devra se reprogrammer. Pour ce faire, rediriger votre enfant vers un plan B. Admettons par exemple que vous aviez promis à votre enfant qu'après l'école, vous iriez à la piscine. En arrivant à la piscine, vous trouvez les portes closes pour travaux. Vous dites alors : "C'est frustrant que la piscine soit fermée. On peut peut-être regarder un film à la place." Les enfants ont souvent besoin qu'on leur offre le choix. Laisser aussi quelque temps à votre enfant pour procéder à cet ajustement. Après 30 minutes de pleurs dans la voiture, vous pouvez lui dire : "Je vois que tu es triste de ne pas pouvoir aller à la piscine aujourd'hui. Tu vas devoir choisir si tu veux pleurer toute la soirée ou si tu préfères passer un bon moment avec moi à regarder un film. Tiens, dis-moi quel film te plairait ?"

Résilience et persévérance sont 2 qualités essentielles sur le chemin de la maturité.

4.       Utiliser des slogans clés, faciles à mémoriser, pour façonner de nouvelles attitudes. 

Pour la persévérance, j'aime expliquer à mon fils qu'il lui faut développer la mentalité d'un champion. Je lui dis alors : "la formule du champion c'est : 'effort + entraînement = gagner !' Avec de l'effort et une bonne dose d'entraînement, on finit par réussir." Puis on répète ensemble le slogan. Ce que je cherche avant tout, c'est modeler le caractère de mon fils, en lui enseignant des attitudes adéquates face à chaque situation. Je sais ainsi qu'en répétant ce slogan, il deviendra naturel. La prochaine fois qu'il sera confronté à une situation qui lui demandera d'être persévérant, grâce au slogan, mon fils sera en mesure de se souvenir comment aborder cette situation.

Pour la résilience on pourra dire "plan A, ne marche pas, plan B, vient nous aider !"

5.       Encourager votre enfant quant à sa capacité à gérer cette émotion.

Il est important pour l'enfant de comprendre que sortir de cette crise va nécessiter une action de sa part. Souvent l'enfant attendra une solution miraculeuse venant de l'adulte. Mais la réalité est qu'il devra choisir de lâcher prise son émotion.

Vous direz alors : "Je vois que tu es vraiment très contrarié. Mais Je sais aussi que tu peux surmonter cela. Il faut juste que tu laisses aller et passes à autre chose." 

6.       Inviter votre enfant à faire une pause

A ce stade, votre enfant a sans doute pleuré toutes les larmes de son corps. Il a peut-être hurlé jusqu'à s'en casser les cordes vocales. Vous avez beau tenté toutes les stratégies que je viens de vous décrire et rien ne semble avoir marché. Si la crise a duré un certain temps, votre enfant est maintenant saturé et submergé par cette crise qui n'en finit pas. En fait, le cerveau de votre enfant est littéralement inondé d'informations. C'est comme si vous aviez en face de vous un appareil électrique en surcharge, sur le point d'exploser. A ce stade, votre enfant n'est plus aux commandes. Même s'il a envie d'arrêter de pleurer et de se ressaisir, il n'en n'est plus capable parce que son cerveau vit une surcharge. Pour aider votre enfant, proposer lui une activité motrice. En effet, celle-ci aura tendance à libérer la tension générée par la crise. Le cerveau pourra ainsi reprendre un fonctionnement normal. 

Dans notre exemple, j'ai proposé à Isaiah de faire la course avec sa petite sœur. Comme sa petite sœur n'a que 9 mois, nous avons alors fait une course à quatre pattes. Nous sommes allés dans le couloir et avons commencé notre course. Nous avons bien rigolé tous les trois. Sa petite sœur est très vite devenue fatiguée mais Isaiah voulait continuer. Je lui ai alors proposé un petit challenge : faire l'aller-retour du couloir en moins de dix secondes. Il a fait 2 autres allers-retours à quatre pattes puis est retourné jouer dans sa chambre, comme si de rien n'était. 

Courir, sauter à cloche pied, danser, ramper, aller faire une balade à vélo, jouer à la chaise musicale, faire des pompes, réaliser une série de roues, faire le poirier, sont autant d'activités qui aideront votre enfant à se décharger.

La plupart du temps, Il vous faudra initier l'activité puis convaincre votre enfant de vous rejoindre. L'essentiel c'est que ce soit une activité courte mais très énergique.

Les enfants d'âge préscolaire et scolaire peuvent avoir de réelles difficultés à exprimer leur émotion de façon appropriée. Ils vont alors avoir tendance à faire des crises fréquemment. La crise vient signifier non seulement l'émotion qu'ils ressentent mais aussi leur incapacité à gérer cette émotion adéquatement. Parce qu'en tant que parents, il nous est souvent insupportable de soutenir ces pleurs, nous réagissons, soit avec une extrême sévérité, soit avec une trop grande souplesse. Cependant, mettre fin à la crise ne devrait pas être notre premier objectif. Enseigner à nos enfants comment gérer leurs émotions devrait l'être davantage.

"Instruit l'enfant dans la voie qu'Il doit suivre, et quand il sera vieux, il ne s'en détournera pas." Proverbes 22.6

Vous êtes à présent mieux équipés pour aborder la prochaine crise de votre enfant avec calme et expertise.